AÏCHA MACKY UNE PERLE AU SEIN DU CINÉMA AFRICAIN

Aicha MACKY est une réalisatrice et productrice d’origine NIGÉRIENNE née et grandi à Zinder, tout comme son père qui a 92 ans aujourd’hui,
Son enfance était partagée entre l’école moderne et l’école coranique.
En semaine, elle fréquentait l’école moderne et les week-ends, les mercredis soirs, pendant les congés et les grandes vacances scolaires, l’école coranique pour apprendre les valeurs religieuses. Sa vie était partagée entre ces deux espaces et la cour familiale.
Venant d’une fratrie de neuf enfants de trois mères différentes, après le décès de sa mère biologique (à l’âge de 5 ans), elle a été élevée par la première épouse.
Couturière et passionnée de commerce divers, elle lui a appris à être indépendante très tôt en l’initiant au commerce et au travail manuel.

Pendant les vacances scolaires, les vendredis et les jeudis, jours fériés à l’école coranique, il lui arrivait de faire le porte à porte pour vendre de l’encens et des draps de lits, des linges pour les bébés.
Cela lui permettait d’avoir de l’argent de poche et de quoi s’acheter des bricoles, plus tard des serviettes hygiéniques quand elle est devenue femme comme on le dit.
Toutes ses occupations ne l’ont jamais empêché de consacrer du temps à ses études et à aider aussi sa maman dans les tâches ménagères.
De ses quatre parents (ses trois mamans et son père), aucun n’a été à « l’école des blancs ».
Conscient de l’utilité de cette dernière, son père tenait à ce que tous ses enfants soient inscrits.
Il aimait leur raconter une anecdote : un matin, alors qu’il était jeune talibé en apprentissage du coran dans une école medersa au Nigeria, une troupe de colons français passait. Il avait « osé’ leur dire « bonjour ». Grâce à ce bonjour prononcé, ils ont eu droit à des boîtes de sardines et d’autres cadeaux.Ces colons voulaient discuter avec lui, malheureusement, en dehors du bonjour, il ne connaissait pas autre chose.Ce qui a poussé Aïcha à s’engager davantage dans les études et à avoir des bonnes notes en classe.

Sa Maman n’était pas en reste. Elle l’aidait à mémoriser ses leçons.
Elles faisaient cela pendant des années jusqu’au jour où, elle a remarqué que le croquis du cœur sur son cahier était renversé. Le cahier était à l’envers. Quand elle lui a fait remarquer cela, elle l’a fait asseoir et lui a expliqué qu’elle n’a jamais été à l’école. Que cette stratégie devrait rester leur secret à toutes les deux.
Elle nous dévoile ceci à propos de sa maman quand elle apprenait ses lecons : « Quand j’apprenais mes leçons, elle prêtait juste attention à la façon dont je prononçais les mots avec aisance ou non. Dès que j’hésitais, elle me renvoyait le cahier avec une certaine colère pour me dire d’aller réapprendre« .
Ça marchait parfaitement avec le suivi, même si sa maman ne comprenait rien. Sa simple présence et son amour pour ses études ont fait de Aïcha ce qu’elle est aujourd’hui.

Elle dit avoir grandi avec l’amour des études et la flamme de réussir.C’était la seule alternative pour elle de se hisser à un rang social plus élevé puisque toute descendante d’une famille des leaders religieux (son grand-père, Alkali Malam Kidy était un des 2 chefs religieux agrégés de la région de Zinder), cela ne suffisait pas. Il fallait aller à l’école moderne qui devenait indispensable pour l’ascension sociale.
Elle finit son cursus scolaire jusqu’à l’obtention du baccalauréat à Zinder, dans des écoles publiques. Ensuite les études supérieures à l’Université Abdou Moumouni de Niamey, où elle a obtenu une maitrise en sociologie option rurale plus précisément sur les questions de conflit foncier et immigration.
Egalement titulaire d’un master I en audiovisuel et réalisation obtenu à l’Institut de Formation en Technique de l’Information et de la Communication(IFTIC) de Niamey, et d’un master II Réalisation Documentaire de Création obtenu à l’université Gaston Berger du Sénégal, son rêve de devenir cinéaste, est né de son expérience de terrain. Sociologue, elle faisait des enquêtes avec des cabinets et autres organismes privés. Elle a participé à des recherches sur des thématiques taboues.
Vue que la majorité de la population du Niger est analphabète, ceci a poussé sa réflexion plus loin dit elle, quant à la destination des ouvrages qui sont pour la plupart en français. Elle a saisi l’occasion d’intégrer le Forum Africain de Film Documentaire de son excellence Inoussa Ousseini SOUNTALMA, l’ambassadeur du Niger auprès de l’UNESCO. Elle était dans une promotion de 10 filles qui précédait à la promotion de 10 garçons. C’était là son premier contact avec le cinéma, et elle en a fini par tomber amoureuse de ce fabuleux art qui lui permet de s’exprimer autrement.
De son début en 2011 à l’IFTIC avec son film d’école « Moi et ma maigreur », à aujourd’hui, elle compte une dizaine de films à son actif.

Parmi ses films, un se démarque avec un succès retentissant : « l’arbre sans fruit ».
L’arbre sans fruit est un film qui met à nu un certain nombre de comportements et de cultures néfastes que nous avons dans notre société.
Pour elle , il était temps de converger vers un genre de cinéma qui instruit, inquiète pour qu’enfin s’amorce un changement de mentalité.
C’est pourquoi la « ligne éditoriale » de sa boîte de production dénommée Tabou Production s’intéresse à tout ce qui est non-dit dans la société.
Son parcours lui a valu la promotion de chevalier des Arts et des lettres de la République Française puis Chevalier des Palmes académiques du Niger, distinctions reçue lors du 60ème anniversaire de la proclamation de la République du Niger.
Sans oublié la participation à des prestigieux programmes comme le PIPA (Programme d’invitation des personnalités d’avenir) du Quai d’Orsay et le YALI (Young African Leaders Initiative) initié par Barack OBAMA qu’elle a eu la chance de serrer la main lors du sommet du Mandela Washington Fellowship en 2016 à Washington🥰.
Actuellement, elle chemine aux côtés des 24 autres Africains dans un programme de l’AFD dénommé Sahelien.ne.s 2040 dans lequel ils réfléchissent au futur souhaitable du sahel à l’horizon 2040.
Son tout dernier film ZINDER a fait un carton plein le mois dernier au Niger en Avant première.


Par Amélie laure

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